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Usher - Christine - Chelsea

> PREMONITION n°3 1989
C'est dans un café des Buttes Chaumont que j'ai rencontré Chelsea. J'aurais préféré un lieu à l'atmosphère plus ouatée, quelqu'endroit plus intime. Mais le brouhaha n'a pas nuit à sa loquacité, bien qu'à la première question que je lui posai, sa réponse fût plutôt courte...

Que signifie le nom Norma Loy ?
C'est un anagramme.


Peux-tu me parler de CPM ?
C'est notre label, ça a été notre maison de disques en 84. Depuis, nous sommes passés sur Eurobond; entre temps il y a eu Divine qui était sur Madrigal. CPM en tant que maison de disque n'a sorti qu'un maxi, "Psychic Altercations" qu'on vient de rééditer ce mois-ci sur le nouveau label (sur la compilation "82/84" et sur le compact "Psychic Altercations / Rewind"-NDR). Sur CPM on trouve aussi en distribution des cassettes live, des vidéos et d'autres produits qui ne sont pas directement liés au groupe en tant qu'identité Norma Loy mais qui tournent souvent sur les mêmes personnes. Nous n'avons jamais signé de groupes sur ce label pour la simple raison que CPM est juste une émanation de nous mêmes, et nous en sommes nous mêmes une émanation.

Quel est le rapport entre l'exposition de Reed 013 et Norma Loy?
C'est le graphiste du groupe. C'est Usher qui a fait la musique de cette exposition qui date de 80-82. Norma Loy s'est formé à la suite de cette manifestation, pour faire la musique des images. Nous n'avons jamais séparé l'un de l'autre.

Comment s'est passé le concert en première partie des Fields of the Nephilim à Paris ?
On a eu beaucoup de problèmes avec eux, ils ont refusé qu'on exploite vraiment nos diapos, prétextant qu'eux n'en avaient pas. On a fait une mini tournée avec eux et le lendemain du concert de l'Elysée Montmartre nous n'avions plus de balance, pour les éclairages il fallait se contenter de 2 ou 3 boutons... ce sont les anglais ! Mais nous avons bien aimé ce concert.

Vos diapos, en concert, ne sont-elles pas un peu choquantes ?
Je trouve intéressant de choquer de cette manière, provoquer une espèce de rupture. C'est choquer pour dévoiler quelque chose.

Pourquoi vous voit-on si peu sur scène ?
A Paris, cela fait déjà 2 en 6 mois, on ne veut pas non plus lasser le public. D'autre part, j'attends toutes les bonnes volontés, mais il faut nous proposer une salle correcte. On ne veut pas jouer dans une cave où il rentre 60 personnes, c'est évident. Je lance un appel : que tous ceux qui veulent nous voir jouer nous contactent, nous refusons de plus en plus rarement. Il y a eu une période pendant laquelle nous avons pratiquement arrêté les concerts parce que c'était trop compliqué, des salles mal adaptées, des organisateurs qui n'y connaissaient rien, qui improvisent pour une soirée mais qui n'ont pas forcément les compétences dans ce domaine. On était peut-être aussi en tort à l'époque. Nous avons fait de très mauvais concerts de toutes façons. Je le reconnais.

Peut-on qualifier votre musique d'industrielle ?

Je ne la classe pas. je me contente de faire ma musique. On ne peut pas nier qu'il y ait des influences industrielles dans ce que nous faisons, ça nous arrive d'écouter ce style de musique, mais pas uniquement. Cela dépend ce qu'on
défini par cette appellation. Quel est le concept "musique industrielle" ? Est-ce que des groupes comme Throbbing Gristle ou Psychic TV, font de l'industriel ? Sur disques c'est souvent pop. Le problème est le même pour Tuxedomoon. Certains morceaux de Norma Loy sont purement industriels, pour "Dead in the bed" nous avons utilisé uniquement des sons de machines. Mais ce n'est pas la part prépondérante de ce que nous faisons. C'est beaucoup plus mélodique, romantique, sacré. Il y a de la musique ethnique, de la cold. de la pop, du rock. C'est un carrefour. Nous écoutons beaucoup de musique contemporaine, de la
musique classique, ethnique, du jazz. C'est comme si on ne lisait que des BD ou uniquement des magazines.

Est-ce que le côté visuel est plus important que la musique ?
Non, mais je pense que le côté mise en scène est important Je n'arrive pas à séparer les deux quand nous faisons une performance. Pour nous, des le départ, la musique et l'image ont été intimement mêlées, il suffit de voir les pochettes. On y apporte quand même un grand soin. On essaie que ce soit autre chose qu'un bout de carton avec le nom du groupe et une image pour décorer. Nous sommes autant plasticiens que musiciens. Norma Loy est l'émanation la plus connue de CPM mais nous faisons beaucoup d'autres choses qui ont énormément moins de répercussions. Bien qu'on ne puisse pas dire que Norma Loy ait une grande répercussion non plus. Enfin, nous pouvons compter sur 5 600 auditeurs, c'est déjà important en France.

Etes-vous distribués à l'étranger ?
Just'in et Eurobond n'ont absolument aucun contact à l'extérieur, ils commencent seulement à s'ouvrir.

Pourquoi ne changez-vous pas de maison de disques ?

C'est facile à dire. Je suis assez satisfait de l'actuelle. Ils font pas mal d'efforts qui ne sont pas forcément justifiés de leur part parce que, proportionnellement, on n'est pas assez importants pour les fonds qu'ils mettent sur nous. Et en France, je ne vois pas trop. Qu'est ce qu'il y a... Danceteria... moi j'aime bien, mais je crois qu'ils ne font rien de mieux que Just'in / Eurobond. New Rose. bon, je passe... On a déjà traversé de nombreux labels et pour l'instant c'est celui qui nous convient le mieux. Il faudrait dealer des licences à l'étranger, mais on n'est pas vraiment des commerciaux. J'ai déjà assez à m'occuper des pochettes, de la musique et de CPM sans faire tout ça.

Les paroles de tes chansons sont-elles importantes ?

Quand j'écris tes paroles, j'essaye de faire passer quelque chose d'important, ce n'est pas un coloriage sur de la musique. Les thèmes sont récurrents d'un album à l'autre. Il y a un message rassembleur et porteur de paix, malgré l'apparence. Je milite pour la fraternité et le partage des consciences. Il y a une réflexion sur le monde et sur les relations qu'on peut avoir les uns envers les autres, envers l'espace qui nous entoure, et aussi vers l'esprit "Power of spirit" n'est pas seulement un slogan ou un refrain. Si je prends la peine de retranscrire les paroles sur les pochettes. c'est parce que je regrette que ce soit en anglais.

Justement, pourquoi chantes tu en anglais ?

Je ne suis pas parvenu à rendre ce que je veux dire en français. Cette langue se plie beaucoup moins, on ne peut pas trop la tordre et puis elle trimballe une logique cartésienne qui n'est pas facile à manier quand on veut faire des associations d'images. J'ai une espèce de recul par rapport à cette langue. Quand on commence des textes en français, on a toujours peur du ridicule quelque part. C'est très difficile, pourtant il y en a qui y arrivent tres bien. Ils ont réussi à faire ce que les anglais font de leur langue. c'est à dire une musique en elle-même. J'ai trop de respect pour la langue pour arriver à la décortiquer comme ça. J'y arrive bien avec l'anglais parce que je peux me permettre de tordre les syllabes et d'assembler des termes, même si je n'ai pas un niveau très très élevé. Ça me laisse plus de liberté, il y a un voile entre les mots et moi qui me permet de m'en détacher. Si c'était en français, je crois que je n'y arriverais pas.
Mais nous avons commencé à travailler sur des textes en français sur le prochain album. "L'homme à la moto" n'est pas en anglais, je peux tout à fait chanter en français. Mais ce ne sont pas mes mots, je les ai simplement adaptés à moi.

A propos de ce titre, c'est votre premier single. Est-ce une opération commerciale ?
C'est bizarre, c'est vrai. Nous n'avions pas l'intention de le sortir, c'est notre maison de disque qui l'a décidé. Pourquoi pas ? Moi, j'aurais plutôt pris "Power of spirit". Nous rêvions d'un 45 tours avec deux morceaux inédits qu'on a jamais enregistrés, qui sont très très durs. Ce single servait à promouvoir l'album. C'est vrai que ce titre est assez détaché de l'album "Sacrifice". On se demande même ce qu'il vient faire là-dessus, mais c'est une suite de coïncidences qui a fait qu'il s'y soit retrouvé. Au départ nous étions sur un projet de compilation sur Piaf. J'aime bien Piaf, son côté culture populaire. Cela nous intéressait de prendre un morceau comme ça, très connu et puis de le changer et d'en faire quelque chose qui soit un peu à nous. Il n'a plus grand chose à voir avec l'original, à part les paroles, tout le reste a été changé. On l'a enregistré, et il s'est trouvé que la compilation ne s'est plus faite. Nous aimons bien ce morceau. Je pense que c'est une bonne reprise. C'est quelque chose qui nous a ouvert les portes, nous ne cherchons pas forcément à rester dans un ghetto. Si ça peut permettre à des gens qui n'auraient jamais eu l'idée de prendre seulement le disque entre leurs
mains et à fortiori de l'écouter, de nous connaître... Cela nous a permis de passer sur des radios qui n'auraient jamais diffusé un autre titre de Norma Loy. Donc, je ne le renie pas du tout, mais c'est sûr qu'il a du mal à se tenir sur cet album, il aurait fallut le sortir seulement sur un single séparé. Parce qu'il y a bien un petit noyau de fidèles qui achètent systématiquement tout, mais parfois il y a des produits nouveaux et les gens ne le savent pas. Au niveau presse, il n'y a rien, on est toujours catalogué dans les groupes difficiles, super intellos, musique conceptuelle en se bouchant le nez, trop dur, trop ci, trop ça, pas assez dansant, etc... A chaque fois nous essayons de faire quelque chose qui puisse passer et dont on n'ait pas honte. Cela me permet à côté de ça de faire des trucs plus difficiles que j'aime autant. C'est plus passionnant de travailler sur un morceau comme "Replicants", mais c'était aussi intéressant que de faire "L'homme à la moto".

Quelles sont tes influences ?
On est forcément influencé, on n'est pas coupé du monde. Il y a des tas de choses qu'on écoute qui doivent se retrouver dans notre musique de temps en temps. On fait d'ailleurs beaucoup de clin d'oeil à des choses qu'on aime bien, mais les gens ne le voient jamais, il nous sortent toujours d'autres références auxquelles on n'aurait jamais pensé. Par exemple dans "TVision", la face "Rewind" était vraiment bourrée de clin d'oeil, à tous les niveaux. Il y avait des trucs à la Stones, des intonations Marc Almond, des trucs piqués à Lou Reed. Cela nous amusait de tout reconstruire comme un puzzle où on ne voit rien. Les gens n'ont rien vu et l'ont très très mal pris.

Qu'est-ce que tu écoutes ?
En rock'n'roll, j'aime bien Birthday Party, on adore Suicide. Pour moi, c'est le plus grand groupe du monde, ce qui s'est fait de mieux, de plus lumineux. J'adore les
Stones, jusqu'en 70. J'aime bien Throbbing Gristle, Tuxedomoon. Plutôt des trucs un peu vieux en fait. Parmi ce qui sort maintenant, il n'y a rien qui me fout le cul par terre. New Order je n'aime pas du tout, je préfère de loin Joy Division. Je ne suis pas non plus axé sur les ténèbres, ça ne m'intéresse pas d'être catalogué cold-wave/Cure/Ian Curtis/pendu au plafond. On adore aussi les Stooges. Si j'avais trois options ce serait certainement les Stooges, Suicide et Tuxedomoon. Pour les groupes français, j'aime beaucoup Clair Obscur, X-Ray pop que je trouve fabuleux. Complot Bromswick. Asylum Pany...Liltle Nemo, je ne connais pas vraiment. Pour moi, ils doivent encore mûrir un peu, ils ont sûrement quelque chose de plus personnel à dire. Je ne veux jamais descendre quelqu'un du moment qu'il se montre productif et qu'il essaie de faire bouger les choses. Nous avons assez pâti de la résistance du milieu...

Etes-vous satisfaits par "Sacrifice" ?

J'en suis aussi satisfait que les précédents, même plus car il est beaucoup plus compact, il a une unité plus grande et il est plus complet dans ce qu'il aborde. A chaque fois qu'on sort quelque chose de nouveau, ça ne vaut jamais ce qu'il y avait avant, dans 3, 4 ans on en reparlera. Quand on a sorti "Psychic Altercations", tout le monde nous crachait à la gueule, alors que c'est la meilleure chose qu'on ait faite. Pour moi, si j'ai sorti quelque chose dont je ne sois pas particulièrement fier, c'est le premier maxi. Cela ne veut pas dire non plus que "Sacrifice" est un tas de boue. Le prochain, je pense qu'il sera bien différent. On va essayer d'avoir l'aspect plus ramassé, plus brut, avec des arrangements plus poussés. Il sortira en Octobre peut-être. On va l'enregistrer en Août. Il s'appelera "Rebirth" comme c'est spécifié sur l'album précédent si tu regardes attentivement. Ce sera une espèce de renaissance beaucoup plus portée vers le partage. On espérait sortir quelque chose de beaucoup plus apaisé, mais ce que je vois arriver me paraît très très dur. Il y a un miroir qui nous entoure, et je le voit sans rémission, sans compassion et sans amour. Notre message est plus que jamais à l'ordre du jour. Je ne suis pas du tout pour la violence. Ce qui m'inquiète aujourd'hui, c'est la montée de l'intolérance, du fanatisme de toutes les sortes d'intégristes, les extrêmes, la remontée du fascisme... On a parlé de groupes industriels tout à l'heure; je me méfie des Front 242 et compagnie. C'est facile de jouer avec l'image du totalitarisme. Nous sommes parfois très violents pour justement démonter ce mécanisme. C'est pas la danse des bunkers, le rock des chambres à gaz... Tout ça, c'est déplorable...

Que peux-tu me dire du Buto ?
C'est apparu chez nous il y a deux ans, en particulier à l'époque de "Sacrifice". Cest une danse d'origine japonaise qui rassemble des influences européennes comme Bataille, Artaud ou le surréalisme. C'est aussi la "danse de la bombe", la danse des ténèbres, on en expulse quelque chose de lumineux. Nous avons travaillé avec la troupe Fovea et Sumako Koseki. A Dijon on a fait ce qu'on rêve de faire habituellement, avec tout un environnement, énormément de téléviseurs qui diffusaient des parasites, des superbes éclairages, et au milieu... la danse. Une atmosphère de rituel.

Christophe Labussière



> RITUAL n°7 Janvier 1989

Entretien avec Manu de Norma Loy

N'établissant aucune frontière entre musical et pictural, réalité et folie, hétérogénéité et harmonie, Norna Loy perturbe les âmes sensibles sans besoin d'user d'effets spéciaux. Les neurones, ça compte, d'autant plus qu'il paraît que nos chères cellules sans lesquelles nous ne serions que des niais et des niaises ne se reproduisent pas. Norma Loy nous prouve donc que la créativité n'est tributaire que de cette alchimie intellectuelle qui fait disjoncter leur boite on os et qu'ils n'ont rien à foutre de tout ce showbiz vaguement rock'n'rollien, paraplégique de l'émotivité, mais qui pogote dans des soirées très privées...

LA GENESE
Au départ, il y a une dizaine d'années, c'était une cellule de graphisme qui faisait des performances. En fait, le groupe s'est formé pour l'expo "Mécaniques Bébés' (comme le coffret qù'on a édité par la suite). On avait besoin d'une musique dans cet environnement de radiographies; et de collages industriels, on a fait une bande-son. Différentes personnes sont venues et reparties, et le premier maxi est sorti en 1982. Un des premiers disques de cold-wave.

LA METHODE
On a toujours été indépendant, on ce réclame d'aucun mouvement. De plus en plus de groupes font appel à des exhibitions multmrmédias. L'aspect visuel a toujours été très développé. On centre pas notre image sur nous, on vend pas notre tête. On propose autre chose, mais un tout qu'on ne peut pas séparer. On ne fera jamais de concert sans projection, et on va maintenant essayer d' inclure de la danse Japonaise le Buto. C'est quelque chose de très fort et de très recueilli, le deuxième grand choc après la période effervescente de 77 à 81.

L' EXPRESSIONISME
Faut se replacer dans le contexte, époque 77-79, en plein mouvement punk. Si on est entré à ce moment là dans une mouvance, c'était Bazooka, l'Art Russe, le Constructivisme. On a développé un truc parallèle à ça.

L'ASPECT COMMERCIAL
Du moment que tu produis quelque chose et que tu as pour ambition de toucher les gens, il faut que tu utilises une maison de distribution; tu tombes fatalement dans le circuit commercial. Notre but au départ, c'était de se positionner en tant que virus : le virus pénètre avec ses propres armes pour se multiplier à l'intérieur. Trop dur : on n'est pas des stratèges de la vente, ce qui explique pourquoi on a cet aspect un peu flou. On s'est toujours concentré sur le côté artistique; ça rejoint le theme qu'on aborde tout le temps, la fonctIon de la réalité.

LA RELIGlON
L'idée de Dieu, c'est fondamental. Sitôt que tu pousses quoi que ce soit en dehors des limites (maths, physique ou philo) à partir d'un certain moment, tu vas te sentir confronté à l'infiniment grand ou petit, l'espace, le temps, la création en elle-même. Dieu, c'est surtout pas un mouvement de choses délimitées. On s'inscrit vraiment contre les religions, mais on les utilise. Ce sont des instruments de domination et de pouvoir, des amalgames de tout ce qui trame de l'Egypte à la Grèce, avec toujours présente l'idée de l'éternité. On cherche à atteindre cette espèce de compréhension pour pas utiliser le terne Vérité, le principe générateur de tout amour.

L'ASIE
Le Bouddhisme n'est pas meilleur que le Christianisme, suffit de penser à ce qui s'est passé au Tibet. Mais il existe quand même une ambiance beaucoup plus sereine; on se sent bien dans un temple bouddhiste, avec une espèce de foi et de communion beaucoup plus fortes qu'ici ou la religion est un truc masochiste avec une symbolique incroyable, une des plus grandes avec la symbolique juive. L'important, c'est d'être avec les autres, j'allais dire les aimer mais ici le terme amour prend de plus en plus une coloration niaise ou fade, et non pas quelque chose de puissant qui véhicule un échange d'informations. L' intéret, c'est l'ouverture, c'est ce qu'on prone en premier au lieu du metissage où les tendances se heurtent avec un côté cocktail; la rencontre de cultures.

UNE DEMARCHE INTELLECTUELLE

Je prends pas les gens pour des cons. Ce message, n'importe qui peut le comprendre en se promenant et en regardant, tu peux voir la beauté des choses. Pourtant, si tu décortiques, tu peux faire quelque chose d'éminemment intellectuel. Quand on me demande d'expliquer, je suis bien obligé d'employer des phrases et de les assembler. Mais c'est quelque chose qui n'a pas besoin d'être dit. On demande un sens de l'implication. J'attends des gens qu'ils s'investissent sans demander des formules toutes faites. C'est à eux de fournir un travail; la vie, c'est d'être productif réfléchir sur soi et sur les autres pour les comprendre et éviter les carcans idéologiques.

LA PSYCHANALYSE
Un membre du groupe est un psycho en milieu hospitalier, et on reste très fasciné par la psychanalyse. Tout ce qui a trait à l'inconscient nous remue, c'est là qu'il faut chercher.

LE HASARD

Il n'existe pas. Par exemple, on enregistre un disque sans le préparer, avec juste une base; et puis on laisse venir au dernier moment des choses qui vont arrIver : elles ne doivent rien au hasard mais à ce que tu extirpes de toi. Je n'arrive à travailler que dans une situation d'urgence, pour me pousser et libérer une énergie. Pendant des années, le groupe se voyait une fois tous les mois, on a même enregistré en répétant deux ou trois fois. Il n'y a pas de lien de groupe, un rapport d'amitié avant tout, presque télépathique : on ne se concerte pas, on fait les choses, brutalement. Notre ligne paraît erratique, mais on reste fidèle à nos objectifs. On n'a jamais fait de compromission.

EDITH PIAF
On ne voulait pas faire du garage-band à la mords-moi le noeud On a pris une autre musique qui n'a rien à voir, et on à travaillé l'aspect vieux film des années 50. la compilation s'est pas faite, mais on a gardé l'homme à la moto pour l'album, comme titre susceptible de passer à la radio. C'est un peu à part.



> BEST n°251
Resistance / Complot Bronswick / Norma Loy
Review du concert à l'Elysée Montmartre, 12 avril 1989

Choc visuel assuré avec Norma Loy, avec un matraquage à la longue dérangeant d'images fortes, mélant sexe, mort, religion et sigles CPM (leur mystérieux label) en un amalgame douteux pour le spectateur non averti. Abstraction faite de ce détail, il y a aussi les apparitions d'un couple de majestueuses danseuses Buto, des éclairages léchés, l'impact des deux batteries, et l'incroyable présence du chanteur. Un set à la puissance exceptionnelle. Très au point musicalement et bénéficiant d'un son étonnant, Norma Loy a volé la vedette aux deux autres groupes de cette soirée qui célébrait aussi le grand retour sur les planches des mythiques Complot Bronswick. Visuellement très fort, dans un autre style, avec des jeux de lumières rasantes et un esprit certain de mise en scène, Complot avait tout pour séduire. Mais ce "tout" repose sur l'ambiance, et l'ambiance justement, trop souvent cassée par des problèmes techniques, n'y était pas. La Rolls, comme dans un triste conte de fée, s'est muée en 2 CV capricieuse et hoqueteuse, qui de calage en calage n'a pas réussi à démarrer. Dommage. A l'inverse, Résistance qui ouvrait la soirée, avec tous les handicaps que le rôle implique (public plus que clairsemé, petit son...) s'en est remarquablement bien tiré. La voix exceptionnelle du chanteur, la musique envoûtante et la sobriété de leur prestation ont fait l'unanimité.


Usher

> ESPOIRS EPHEMERES Janvier 1990
Entretien avec Usher

Avant toute chose, pouvez vous presenter Norma Loy et enoncer les étapes qui jalonent son histoire ?
Norma Loy existe sous ce nom depuis 1981 mais Chelsea et moi avons cornmencé notre travail en commun dès 1978 au sein d'une structure de production qui préfigurait CPM et s'appelait HP. A cette époque, nous avions sorti des livres, dont l'un continue d'être distribué actuellement sous le nom de "Attitude", et jouions dans un groupe minimal tendance Suicide intitulé "Coit Bergman". En 1980, Chelsea et moi avons réalisé une exposition du nom de "Mécaniques Bébés", exposition appuyé d'un support musical approprié. Le dernier peut être considéré comme à l'origine du groupe Norma Loy.

Depuis votre maxi sorti chez New Wave en 1982, Norma Loy semble avoir conservé une formation stable, hormis le départ de Anna F., remplacé par Scavonne H. Ces deux personnes ne sont-elles qu'une ? Comment travaillez vous au sein de Norma Loy ?
Anne F, la première bassiste du groupe, a joué sur les deux premiers maxis 45 tours, Norma Loy sorti en 1982 chez New Wave Records et Psychic Altercations sorti en 1984 chez CPM Records, notre propre label de production. Après une période de transition, Scanove H a remplacé Anna Fà la basse pour la réalisation d'un premier album intitulé T-Vision, sorti en 1986 sur Divine Madrigal. Un second album intitulé Sacrifice est sorti dernièrement, en 1988, sur Just'In avec l'arrivée d'un deuxième batteur Scanove F, le frère du bassiste. Parallèlement à la musique, les structures visuelles ont, elles aussi, également évolué, avec l'adjonction de la danse en 1987/88, et spécialement du buto, mouvement d'expression corporelle d'origine japonaise. Cela peut d'ailleurs se voir lors de nos concerts ou dans des vidéos, en particulierc elle tournée à l'Atheneurn de Dijon avec la participation de la compagnie Fovéa en Danse.
Quant aux méthodes de travail, elles ont, elles aussi, un peu évolué. En effet, nous travaillions avant surtout par K7, ce qui n'est plus tout à fait le cas maintenant. Nous procédons actuellement d'une façon plus classique, par répétition, improvisation d'où découlent les morceaux. Les répétitions ne sont cependant pas trop intensives, notre volonté étant de ne pas trop "charger" dans l'esprit, nous tenons à conserver un espace libre pulsionnel d'urgence. Pour ce qui est des grandes lignes, en général, Chelsea contrôle principalement l'aspect visuel et moi, Usher, l'aspect musical.


Depuis ce même maxi, sorti de New Wave en 1982, votre musique semble être devenue moins synthétique, plus sombre et moins rythmée. Pensez vous réellement que celle-ci ait évolué ? Si oui, à quoi attribuez vous cette évolution ?
Que notre musique soit plus sombre maintenant, cela nous semble à peu près juste, encore que le terme soit à définir. Qu'elle soit moins rythmée et synthétique, certainement pas. En effet, depuis ses débuts, et surtout depuis l'arrivée d'un deuxième batteur, les percussions ont pris le dessus sur les autres instruments. Norma Loy peut donc être considéré comme une formation essentiellement rythmique et ce, surtout en live. Nous ne considérons pas, cependant, notre musique comme moins synthétique maintenant qu'avant, bien au contraire. Ainsi travaillons nous essentiellement à présent sur la base des synthétiseurs, des samplers, ce qui n'était pas le cas autrefois avec notre seul synthé monophonique.
Ceci dit, pour tempérer un peu ma réponse, nous ne nous considérons absolument pas comme un groupe synthétique, au sens où on l'entend maintenant, ne serait-ce que par l'absence des boites à rythme. En fait, définir notre musique n'est pas chose facile, car elle comprend d'une part, un aspect industriel, et d'autre part, un aspect plus physique, le tout reposant toujours sur une base mélodique. Tout cela part d'une même dynamique, sous des aspects assez différents. Notre musique est à l'image de la vie, ni entièrement noire, ni entièrement blanche, ni joyeuse, ni triste.
Pour ce qui est de l'évolution, il suffit d'écouter les disques. Dans notre esprit, ceux-ci se répondent les uns aux autres, s'enchainent les uns aux autres, selon une logique de l'évolution. Notre production évolue d'une façon naturelle, en même temps que nous. Ainsi nous sommes toujours en mouvement, tout comme la vie, en prise directe avec ce que nous ressentons du monde qui nous environne, dans ses soubresauts politiques ou religieux. Celle-ci suit notre évolution spirituelle, les expériences que nous vivons... Il est évident que nous ne réagissons pas aujourd'hui de la même manière qu'il y a huit ans, même si nous n'avons jamais cessé de croire en une même si nous n'avons jamais cessé de croire en une même philosophie qui continue de se développer.


Votre album "T-Vision" est divisé en deux faces distinctes: "Rewind" et "T-Vision". Pourquoi avoir établi cette distinction ? Ce choix correspond-il à deux aspirations différentes du groupe ?
Rewind est un tour d'horizon de ce qui a pu se faire dans la production rock de ces vingts dernières années. C'est une musique que nous apprécions, mais que nous avons joué superficiellement c'est ce que nous appelons des replicants, une musique de divertissement. T-Vi-sion, au contraire, est un peu l'alternative que nous proposons, une voie plus spirituelle. Cette face traite directement du CPM, le thème même de l'album les interférences entre l'esprit, la réalité, la non-réalité, ce que nous définissons comme le réel-réel et la basse réalité. Sacrifice se situe dans la continuité de T-Vision, d'une manière plus extrême. Les mêmes thèmes sont abordés avec Death to the low world, Replicants, Power of spirit. Il n'y a qu'une exception notable sur cet album : L'homme à la moto, un titre que je rapprocherai, pour ma part, de Rewind, une musique plus facile peut-être.

"Eden is again" est un titre très mystique, alors que "P-Body" est beaucoup moins sombre, moins incantatoire. Pourquoi une si grande disparité au sein d'un même album ?
Cette question se situe dans la lignée de la précédente. Eden is again est un morceau présent sur la face T-Vision : c'est, en fait, une parabole des discours développés par les sectes, des discours totalitaires. P-Body, par contre, se trouve sur Rewind. Si P-Body présente un aspect superficiel, un peu douceâtre dans l'ambiance musicale du morceau, le thème, lui, est dur : il traite de l'artificiel dans le corps, de la relation avec l'hôpital, de la soufrance du corps, du mécanique dans la biologique, des prothèses question de plus en plus d'actualité au vu des progrès accomplis dans le domaine de la médecine, de la micro-chirurgie avec les manipulations génétiques...

Les textes de Norma Loy parlent d'amour, de plaisirs, de sexualité, de la mort, de la naissance... Quelles idées cherchez-vous à exprimer dans ces diverses compositions ? Que représentent pour vous ces thèmes ?
Les sujets abordés rjoigneut ce qui nous semble etre les grandes préoccupations de l'homme face à lui-même, de la position par rapport au monde, au tout, ses interrogations, ce qui le fait vivre, ce qui le fait mourir, ce qui le fait évoluer, dans les apparences de la perception physique. Nous essayons de décrire ce que nous ressentons comme important et de réaliser une prise de conscience. De plus, l'extase, le sacrifice, l'érotisme... sont des expériences intérieures qui nous font accéder à une vérité au fond de nous-même, à des interrogations primordiaies ou créatrices. C'est de tout cela que nous essayons de rendre compte.

Usher en travaillant seul ou avec DZ-Lectric désire-t-il découvrir des horizons musicaux non encore explorés par Norma Loy ? Quelles sont les raisons de cette cooperation ?
DZ et moi avions, à l'époque, des préoccupations communes, j'avais besoin de m'exprimer au sein d'une structure moins lourde que Norma Loy, d'où ces morceaux et K7 réalisés ensemble jusque 1986 et cette K7 "Fraternité" sortie en 1987. Je n'ai plus vraiment le temps, actuellement, de poursuivre ces travaux, mais quelque chose devrait à nouveau se faire plus tard avec Chelsea sur ce mode un peu ludique des cassettes, enregistrées rapidement et avec vraiment peu de moyens.

Certains membres de Norma Loy appartiennent au CPM, un cercle artistique dont les éléments partagent en commun une certaine philosophie. Que signifie CPM ? Pouvez-vous nous parlez plus amplement des activités artistiques de ce cercle et de la manière dont travaillent les membres dans leurs diverses créations ? Quelle est cette philosophie qu'ont en commun les adhérents du CPM ?
Le CPM a deux options principales intimement liées. D'une part le label de production qui regroupe toutes nos activités sur un plan pratique : musicales, graphiques, littéraires... L'aspect multimédia est inhérent â notre démarche. Si les disques de Norma Loy en sont l'aspect le plus connu, il ne faut pas faire l'impasse sur tout le reste. Ainsi, sur scène ou sur disques, le visuel est-il intimement lié au musical. Toute cette production répond, pour nous, à une démarcbe qui la soutient. Quelque chose relie les différents éléments entre eux, une sorte de philosophie dont le CPM se veut l'incarnation.
Le second aspect est pour nous le plus important car tout ce que nous produisons en découle directement. CPM est un groupe de réflexion, un mouvement de pensées qui unit les membres entre eux, un catalogue d'actions qui oeuvre dans un but d'ouverture et de compréhension.. Ce n'est ni une secte, ni une idéologie de pression, mais un effort porté à la révélation et àl'expérimentation des limites. Il faut d'abord comprendre les autres, se connaître soi-même pour essayer d'aborder le réel-réel, le grand tout. Nous avons abandonné toute prophylaxie et espérons simplement que nos spectateurs, auditeurs et lecteurs recevront au moins une partie du message qui découle de nos actes. CPM c'est "a way of life".


Depuis ses débuts Norma Loy semble vouer un interêt particulier à l'oeil. Que représente cet organe pour vous ? Pensez vous que l'oeil soit un reflet de l'esprit et que son incidence sur le psychisme humain soit important ?
L'oeil est depuis toujours le symbole de dieu. Pour cette raison, nous l'utilisons souvent car il est l'une des grandes interrogations. Sa particularité repose dans son pouvoir de pénétration et dans les fantssmes qu'il véhicule, le mauvais oeil, l'oeil qui voit tout.... L'oeil de T-Vision, lui, est un reliquaire, une boite derrière laquelle quelque chose est àdécouvrir. On pourait dire, pour simplifier, qu'il y plusieurs visions : la première s'attachant à la superficie des choses, la seconde à l'audelà. L'oeil est très utilisé au sein des religions parce qu'il dépasse tous les organes du corps, parce qu'il est un "en dehors" du corps, comme le montre Bataille avec un regard initiatique du monde dans son histoire de l'oeil. Le logo de CPM représentant un oeil est une allégorie de la progression intérieure : l'oeil symbolise différents cercles d'une série d'étapes que nous avons à accomplir. Il est pour cela traversé de différentes lignes de force. Nous ne prétendons pas avoir accédé à une sagesse suprême ou même à la vérité : nous cherchons simplement à la réaliser.... L'oeil ne symbolise pas l'esprit en lui-même mais, par exemple, le lotus dans le Boudhisme. Il faut essayer de percer les ténèbres, les sensations communes que l'on trouve dans l'illusion matérielle. C'est un de noe principaux thèmes.

De même la télévision, et plus largement les médias, semblent vous fasciner. Que représentent-ils pour vous ? Ceux-ci ne sont-ils pas de merveilleux instruments de communication, mais aussi d'inégalables outils de propagande et d'endoctrinement ? Si ces moyens d'expression ont une certaine importance, pourquoi alors délivrer si peu d'interviews et rester si secret ?
La télévision est l'un de nos grands thèmes, avec la recherche de soi, les hôpitaux... C'est un médium, une expérience purement intellectuelle d'appréhension simultanée de différents niveaux de réalité. Tuxedomoon disait "vivre plusieurs vies par les images", dans l'espace et dans le temps. C'est aussi une mémoire électronique qui nous met en rapport avec une partie de nous qui a trait aux souvenirs inconscients. Ce dernier est, pour nous, quelque chose qui est toujours sous-jascent. Nous sommes la génération cathodique : des TV-boys, des TV-girls... Les virus électroniques sont partie intégrante de nous et la TV est un instrument de pouvoir et de manipulation du fait même de sa constitution ou des répercussions qu'elle a sur le psychisme. Psycho-TV travaille à l'intérieur, c'est un dogme, c'est la dernière religion universelle qui baigne la terre entière.
C'est, en même temps un monde truqué au sens où toutes les communications, télévisions, radios... sont faussées et ce, dès le départ. Nous n'entendons pas vraiment ce qui est dit, nous manquons toujours le contenu du message, les à-cotés et il ne reste que les grandes lignes préfabriquées, un peu comme des canaux visuels. C'est de la nourriture, des images, des sons, et tout cela ne nous appartient pas : c'est simplement fait pour être avalé, et, en plus, il n'y a pas de feed-back, pas de réponse possible. De la provenance du message nous n'en savons rien, sinon qu'ils sont codés et qu'ils sont entendus sans vraiment en comprendre le fondement cet oeil dévot, présent partout a un coté fascinant.
Quant au fait que nous ne délivrions pas d'interviews, c'est faux, la preuve en est.... Nous sommes toujours prêts à répondre aux questions que l'on veut bien nous poser. Nous n'avons pas un sens prononcé du secret, tout au plus nous situons nous avec un peu de recul... Les derniers temps nous avons fait un plus grand effort de communication par rapport à l'extérieur, ce qui n'a pas toujours été le cas, il est vrai. Il faut dire également que Norma Loy / CPM ne constituent pas des moyens de subsistance pour nous, loin de là. De ce fait, nous arrivons tout juste à équilibrer nos frais de fonctionnement et avons tous une activité salariale, ce qui nous prend pas mal de temps et ne nous permet pas une disponibilité de tous les instants. Notre production, à vrai dire, contient une bonne part des réponses que l'on peut se poser à ce sujet si on y prête attention.


Quels sont vos projets ?
Dans le futur immédiat, nous projetons de sortir un nouveau compact reprenant la face Rewind de T-Vision, le deuxième maxi Psychic Altercations, ainsi que quelques inédits. En même temps devrait également sortir un album comprenant nos premiers maxis, Norma Loy et Psychic Altercations, accompagné de quelques autres morceaux. Des K7, des vidéos, un live de la tournée 88 comprenant différentes dates, notamment Nantes, Paris, Lyon et Dijon devraient également voir le jour assez rapidement. Quelques concerts devraient avoir lieu cette même année, ceci afin de communiquer directement avec le public. Enfin, dans un futur plus lointain, nous enregistrerons et sortirons Rebirth en JuilletlAoût 1989, notre nouvel album.


Attitudes girls !

> PREMONITION n°9 Automne 1991
Deux ans séparent Attitudes le nouvel album de Norma Loy, groupe longtemps assimilé indus-bruitiste-cold-conceptuel, du précédent Rebirth. Dix ans le séparent du premier maxi, Psychic Altercation. L'heure du bilan est arrivée.

Rebirth était-il vraiment une rupture avec ce qui précédait ?
Non, il faisait partie d'une trilogie, avec "Tvision" et "Sacrifice". Elle est maintenant terminée. Je n'avais plus rien a dire à ce niveau là, sinon une crainte de me répéter. Je sentais déjà de la redite sur "Rebirth", ce qui m'a beaucoup gêné... Le morceau Big night débute où Rebirth s'achevait, sur le Mantra Omani; le reste n'a plus trop de rapport... On retrouve un côté traditionnel, du blues, et aussi de grosses guitares qui sonnent très Sonic Youth.

Comment qualifierais-tu Attitudes ?
Nous nous situons plus dans une optique traditionnelle, plus chanson. On raconte des petites histoires, des expériences non plus allégoriques mais des textes sentimentaux dans lesquels tout le monde peut se retrouver. C'est pour ça que ce disque s'appelle "Attitudes". On a envie de faire un mini-lp acoustique juste après. Ce sera une petite parenthèse. J'éprouve beaucoup de plaisir à interprêter des chansons. C'est la différence fondamentale entre "Attitudes" et ce que nous faisions avant. J'adorerais écrire des paroles pour une chanteuse.

As-tu suffisement de recul sur ton travail pour dire qu' Attitudes est mieux que le précédent?
Pas forcément, mais généralement, au bout de six mois, ça me prend la tête d'écouter le dernier album, alors que je le trouvais génial. Je sens que cette fois-ci j'y suis beaucoup plus attaché. Nous sommes plus au point, plus affirmés. On a cherché à se débarrasser de certains tics. Quand j'écoute nos disques précédents, je suis terriblement gêné par le côté lourd, emphatique. Les temps changent et on en a assez de dégager quelque chose de froid et de négatif. Ça ne nous intéresse pas de devenir un dinosaure de la new-wave. Norma Loy existe depuis dix ans, il était temps de faire un bilan, de penser un peu à nous, à nos vies et à notre musique. Etait-elle comme nous voulions qu'elle soit? Qu'est-ce qui ne nous plaisait pas ? Quelles ont été les réactions des gens qui nous entourent ? Nous avons pris beaucoup de temps pour y réfléchir. Il fallait qu'on se sépare de tous nos côtés lourds; les choses simples ne vieillissent pas. "Attitudes" a été le moyen de se débarrasser de cette pesanteur qui commençait à nous caractériser et à nous bouffer.

Tu tires un trait sur le passé ?
Je ne renie rien de tout ce qu'on a pu faire ! Attention ! Un moment est arrivé où nous devions songer à arrêter de faire du sur place, patauger et cesser d'évoluer. C'était important pour nous de se dire qu'il fallait qu'on bouge, qu'on ne se tienne plus sur nos acquis. Mais ce n'est absolument pas une trahison. Norma Loy ne s'est pas mis d'un seul coup à faire du Murat. On aurait changé de nom.

Le fan de toujours va-t-il s'y retrouver ?

Il ne faut malheureusement pas qu'on pense à ce qu'on devrait faire pour faire du Norma Loy, tout serait truqué. Honnêtement, il y a un an, nous étions pratiquement séparés. Je ne voyais plus ce qu'il y avait à dire, et il y avait plein de problèmes à l'intérieur du groupe. Nous étions à bout de souffle sur une certaine formule, et nous ne supportions plus l'idée de continuer coûte que coûte et risquer ainsi de nous parodier. Je n'aimais pas arriver sur scène et me donner l'impression de jouer le rôle de ce que je devais être.

La formation est restée la même ?
Le personnel a changé, Scavone H et Fred Scavone sont partis et ont été remplacés par Christian et Marc-Antoine de Résistance. Jean-Marc (Deschamps, de Résistance -ndlr) est venu faire des petits bricolages sur Atari, et, sur scène, il fait des percussions et quelques lignes de synthé. Le background est modifié, la musique aussi, mais je pense qu'on retrouve toujours le même esprit.

Les incantatiens Are Krishna sur Nagashima sont-elles pas dangereuses ?
Ca n'était pas intelligible pour ceux qui l'écoutaient. Je trouvais effectivement limite de manipuler des images si fortes qu'elles occultent tout le reste. Les gens ne sont pas allé plus loin que ce qu'ils entendaient, pourtant les paroles étaient inscrites.

N'est-ce pas un peu facile de jouer avec ce type d'image ?

J'ai utilisé cette image parce que je voulais parler d'un problème spécifique. j'ai bien pris la peine de différencier les choses, je parlais des grands manipulateurs, des grands dirigeants. Le thème récurrent était le contrôle de conscience. Nagashima était le point d'orgue de tout ça. C'était Are Krishna, Are Boudha ou Are Jesus. On a simplement retenu Krishna parce que j'ai le crâne rasé. On n'a jamais dit qu'on n'avait pas une dimension spiritualiste, mais ça n'a rien à voir avec de l'embrigadement. C'est quelque chose de libérateur, je cherche, dans mes textes, à pousser chacun à effectuer son propre choix intérieur et à se méfier de ce qu'on peut lui imposer.

Dans Psychic Altercation on pouvait trouver une feuille de propagande qui pouvait faire penser à la démarche d'une secte.
C'était une expérience, on voulait voir ce que ça pouvait donner, et, effectivement, on a eu des réponses. On a tout de suite arrêté. C'est amusant de jouer avec le pouvoir, mais ce n'est pas notre but. Aux concerts, des gens viennent parfois nous demander de leur dire ce qu'il faut faire. Je n'ai à diriger personne. J'ai déjà du mal à contrôler ma vie, c'est d'ailleurs la chose la plus compliquée à réussir; savoir se maintenir dans certaines directions. Nul ne peut être sûr de tenir la ligne qu'il s'impose, éviter les dérapages. "Attitudes" parle aussi de ça. J'ai eu des problèmes, j'ai essayé de les analyser et d'en faire quelque chose qui rejoigne ce qui est arrivé à d'autres gens. Ce n'est pas non plus un journal intime, mais je pars plus dans le quotidien. Ce n'est pas le cas de toutes les chansons, il nous restait des choses de ce qu'on faisait avant. Mais c'est tout de même une rupture importante.

Qu'écoutes-tu en ce moment ?

je n'achètes pas les disques quand ils sortent, je suis plus spécialisé soldeurs et occas ! Chris and Cosey... Run DMC, Public Enemy. Rien d'autre ne m'a mis par terre depuis longtemps. Public Enemy, la première fois que je les ai vu à la télé, je me suis demandé d'où sortaient ces connards au langage aussi réducteur ! Mais une une fois remis dans leur contexte, New York, on voit que leur musique est vivante et inventive, ils en ont une connaissance parfaite. Ils excellent dans ces chroniques comme j'aime les entendre. Mais, je ne suis pas un fan de rap, surtout de rap à la française. Ça ne me concerne pas.

Christophe Labussière



> KOF#3 April 1992
Depuis la création du qroupe en 1981, puis celle de CPM en 1984, le noyau de base formé de Chelsea, Usher et Christine a laissé d'inaltérables fractures sur le mur des lamentations. Avec leurs premiers maxis "Norma Loy" puis "Pshychic Altercation", c'est toute une philosphie qui imprègne la formation, pilier central des différentes activités artistiques du groupe. En 1986, leur premier album "Rewind-TVision", symbiose d'un rock psychanalytique et d'une préoccupation métaphysique et cathodique, laisse la place en 1988 à l'album "Sarifice" melange oriental d'un Buto électronique et d'une prestation scénique toujours plus performante. En 1990, c'est au tour de "Rebirth", sorte de régénération du réel et album solaire plein d'énergie, qui vient boucler cette trilogie extrême et méditative. 1991 est l'année de divers changements au sein du groupe et c'est sur Déclic que "Attitudes" voit le jour. Il est l'essence après la renaissance, nouvelle jeunesse pour un public plus mûr. Il marque une nouvelle ère musicale pour Norma Loy. Entretien avec Chelsea.

Rebirth correspondait à une renaissance spirituelle, en es-tu réellement satisfait avec le temps ?
Avec le recul, moyennement. Cet album correspondait à une période de flottement et de choc interne. Une période où le groupe en tant qlue tel ne s'entendait pas. Il y avait des dissensions, et puis aussi une période de confusion mentale. La trilogie dans laquelle s'insérait Rebirth était dangereuse. On a voulu pousser les choses à leur maximum. Ces expériences devenaient dangereuses. L'album était parfois à la limite de ce qu'on pouivait encaisser nous mêmes. Mais il y a quand même de bonnes choses, à partir de Nagashima, l'album commence vraiment, les trois premiers morceaux sont un peu inutiles, ratés. Aids est agréable mais je préfère Black Jesus et We Want. La version de Rebirth n'était pas excellente. En somme, c'était une fin et il était vraiment temps de passer à autre chose.

Cette nouveile jeunesse avec Attitude est basée sur des expériences personnelles. Il y a toujours cette volonté de faire partager, ou de chercher une vérité intérieure ?
Il y a plusieurs façons d'atteindre des vérités intérieures, cela fait en effet partie de l'expérience personnelle, c'est la vie qui est comme cela. Rebirth parlait d'expériences métaphysiques, ce qui n'est pas le cas d' Attitude. J'ai voulu me recentrer davantage sur ce qui faisait le sel de la vie quotidienne. II m'est arrivé un certain nombre d'expériences et chacun peut les vivre à sa manière. J'ai voulu en parler et aussi m'en débarrasser.

C'en est donc fini du groupe métaphysique ?
Il est impossible d'en terminer et il reste quelques textes dans le nouvel album, My will power, qui en traitent directement. C'est sous-jacent à la plupart des morceaux, mais ce n'est pas exprimé d'une façon aussi abstraite. C'est réintégré dans le courant de la vie. Je pense que Rebirth était nécessaire pour parvenir à Attitude, même si cet album est plus classique dans sa forme.

Tu trouves que vous êtes aujourd'hui plus affirrnés, plus au point, cela rime t-il avec une musique plus traditionnelle ?
Il faut que les morceaux soient joués de manière carrée. Des chansons ne sont pas des morceaux ou des pièces instrumentales ou il y a une grande part d'improvisation. Ici, il y a un schéma simple à respecter, sinon cela perd toute sa puissance. Le groupe fait également plus d'efforts au niveau des répétitions par exemple. Sur Rebirth, c'était un petit peu l'éclatement. La guitare a changé un peu la musique, mais cela reste tout de même électronique.

Et Résistance dans tout cela ?
Je respecte le travail d'Eric Ferrand, même si cela n'est pas du tout le même état d'esprit. Sa musique laisse peu de place aux interventions personnelles et est plus froide plus mécanique à mon sens. Marc Antoine a voulu jouer avec nous et il se trouve qu'il a quitté Résistance. Il est très bon guitariste et nous avions envie d'une guitare. Et puis on voulait changer la structure du groupe, on l'a intégré. Jean Marc continue avec Eric Ferrand de toute façon. Résistance a apporté sa part et on a eu de bons moments et de bonnes surprises, il n'y a pas eu d'interférences.

Vos relations avec les labels et en particulier avec Eurobond on toujours été fastidieuses. Comment cela se passe t-il avec Déclic ?
Cela ne s'est pas si bien passé avec Déclic, je regrette d'avoir a le dire, mais il y a eu un gros retard. C'est un disque qui a ete enregistré en juillet, mixé en septembre et il y a eu plusieurs problèmes à la sortie. Il est maintenant déjà vieux, j'ai envie de passer à autre chose. On va voir le travail qu'il vont faire pour la promotion d'Attitude.

Que devient CPM et le Buto ? Te consacres-tu toujours à d'autres activités ?
J'ai peu de temps à consacrer à CPM en tant que bulletin de liaison avec les lalbels, je me réserve à la création. Mais CPM demeure et est toujouns aussi importante pour nous. J'ai fait deux expositions, une avec la revue Demonia à la galerie Pleine Marge à Pigalle et il y a une collaboration avec la revue Eclair. Quant au Buto, toujours le manque de temps, mais cela m'a apporté beaucoup, m a été très utile et a changé le sens de ma vie. Je pense que cela s'est ressenti à partir de Sacrifice, cela m'a amené un autre état de conscience.

As-tu trouvé ta vérité créatrice ?
Plus on essaye d'avancer sur le chemin de la connaissance, plus il est difficile d'en parler. J 'exprime des sentiments qui me traversent et reste humble vis à vis de cela. Après, cela repasse par les mots, la peinture ou la photographie. On retrouve dans mes productions une grande part de mes préoccupations, par ex-emple le pouvoir de l' image à la télévision ou la puissance du langage des sectes...

Votre dernier concert au Pigall's était parsemé d'anciens morceaux de la trilogie. Cela cor-respondait à votre pro-grammation ou était-ce une réponse à la volonté du public ?
Nous avions répété d'anciens morceaux, en particulier extraits de Sacrifice. On ne fait pas une croix sur le passé, on existe grâce aux gens. Ils viennent nous voir et attendent des choses de nous. C'est notre rôle de passer par d'anciens morceaux, les nouveaux deviendront eux aussi des anciens.

Tu m'avais dis que le public suivrait, et que de toute façon vous en aviez assez de cette musique ?
Oui, les morceaux sont comme des chewing-gums que l'on mache depuis trop longtemps. Ils n'ont plus de goût pour nous et je ne sais pas si le public peut encore en trouver. Je pense qu'il se recompose les morceaux dans sa tête, il y a création de part et d'autre. C'est pour cela que le public est ouvert, c'est ce que j'ai apprécié lors de ce concert. Il n'était pas distant, ce qui fait mentir pas mal de critiques du public parisien. De plus, notre public ne vieillit pas et apprend à découvrir les anciens comme les nouveaux morceaux.

Les diapos projetées lors du concert n'ont plus réelement de rapport avec votre nouvelle musique. Y travailles-tu ?
Je suis en train de travailler sur des projections plus abstraites, des tâches de couleur. Il reste quelques petites histoires en image, mais les nouveaux morceaux ne s'y prêtent plus. Je ne vais pas faire des romans photos derrière des chansons d'amour. j'ai trop manipulé d'images extrêmes, cela n'a plus de sens, c'est comme la musique.

Les concerts et la relation avec le public seront-ils toujours aussi importants que lorsque vous développiez une musique plus violente et agressive ?
Il y a toujours une part d'amour et de violence dans ce que I'on fait. Il y a des morceaux entraînants mais l'ensemble est plus léger. Cela vieillira beaucoup mieux. Les concerts sont les lieux ou l'on fait vivre notre musique. La version live, comme sur certains morceaux, c'est ce que je préfère.

Quels sont vos projets ?
En ce moment, on a sans cesse des idées et des tonnes de morceaux. On a aucune peine a composer. Cette nouvelle jeunesse nous rend heureux comme des enfants. Nous travaillons sur un nouvel album acoustique et nous répétons régulièrement de nouveaux morceaux.

Qu'écoutes-tu en ce moment ?
De tout, de la musique cool, Billy Holiday, Lou Reed et puis toujours les Stooges, les Doors, Suicide. J'écoute aussi le nouvel album, plus que les autres. Mais j'écoute pas mal de Blues, c'est l'état d'esprit que j'aime.

Quel rôle a joué le maxi "Psychic Altercation" dans les productions de Norma Loy ? C'était un idéal ?
Dans ce maxi, il y avait tous les éléments de ce que l'on était à l'époque. On a jamais fait mieux, il y avait une fraîcheur que nous n'avons pas retrouvé, sauf avec Attitude. Nous avons éprouvé une sorte de plaisir comparable à l'enregistrement.

Le mot de la fin.
J'aimerais que tout le monde retrouve une âme d'enfant.

Propos recueillis par Olivier Chesnoy



> (1992)

Une aura pas toujours flatteuse, ("Heureusement qu'on a un public archi-fidèle, car grâce à lui on sait que l'on existe, parce que si on se fiait uniquement à la presse...") NORMA LOY, c'est qui, c'est quoi?

Chelsea, chanteur, s'explique :
Notre musique n'est pas très facile pas évidente. Surtout que la scène alternative prône actuellement un retour au côté fun... Ce n'est pas notre cas, nous n'essayons pas d'être fun, nous essayons d'être des témoins. Cependant je ne conçois pas qu'un groupe puisse percer -ou pas- suivant qu'il fait une musique difficile ou facile. (preuves Noir Désir); c'est surtout ce qu'il y a autour, les moyens ! De plus, nous avons un problème d'image. Souvent, pour les gens du business, NORMA LOY c'est les grosses têtes de morts, c'est glauque... Je sais pas d'où nous vient cette image, mais il y a des gens que l'on ne peut approcher, il y a toujours un à priori... Enfin, on a la possibilité de faire des albums, ce qui n'est pas donné à tout le monde, et même si c'est pas exactement tel que ce que l'on pourrait rêver, on fait ce que l'on veut, c'est ça qui est important. En se battant, c'est sûr, mais c'est primordial de se battre... Tous nos dis ques ont été réalisés en un temps record. On a fait un album en une semaine, c'est même pas le temps de la maquette de certains 45 t. Nous sommes obligés de donner beaucoup de nous-mêmes pour y arriver. Pour passer l'échelon supérieur, il nous faudrait quelqu'un qui nous soutienne, avec une structure derrière lui. Etre distribué en Europe nous aiderait beaucoup, car à part 500 albums en Allemagne, il n'y a pas eu de distribution ailleurs qu'en France. Il manque un vecteur c'est certain; le groupe vit replié sur lui-même. Ce qui n'est pas forcément de notre faute; nous sommes des créateurs, nous n'avons pas du tout la fibre commerciale. Nous n'avons jamais réussi à accrocher un certain milieu qui pourrait nous pousser en dehors. Du dernier album, il n'y a même pas un seul 45 tours extrait alors qu'il y a un ou deux titres qui pourraient être porteurs. C'est un problème de label... et c'est un peu la plaie française.

Leur show provocateur, lui par contre, est tout à fait bien orchestré :
Un concert est à chaque fois différent. Parfois ll y a de la danse, parfois il y a des installations vidéos, des films. Tout dépend du lieu, des personnes qu'on arrive à mobiliser. En général y'a tou-jours un espèce de cérémonial, on a une liste de morceaux types que nous allons jouer et nous préparons la scène en fonction de ça. Ensuite, les diapos (600) se mettent en place, un certain jeu de scène aussi. La danse qui se crée au fur et à mesure. Il n'y a pas de grande répétition générale pour préparer un spectacle extrêmement précis, ça se fait naturellement. Nous répétons assez peu finalement, ça s'est construît au fil des années. J'aimerais que les gens qui sortent de nos concerts aient quelque chose de changé en eux, que ça leur fasse une sorte de prise de conscience, qu'ils se remettent en question et qu'ils voient les choses autour d'eux peut-être différemment. On a l'habitude d'avoir des bases hyper stables, alors qu'en fait on est loin de la vérité. Nous sommes portés à croire des informations qui sont véhiculées autour de nous, ou des idéologies qui sont complètement fausses dès le départ. Ce qu'on voudrait, c'est démonter un peu ces mécanismes.

Serge Beyer



ATTITUDES
> review BEST n°289 Aout 1992

Jusqu'à présent, il fallait posséder (ou être possédé de) tous les albums de Norma Loy pour en saisir les diverses facettes, des plus lugubres (Sacrifice) aux plus abordables, des plus violentes aux plus mélancoliques. Plus encore que Rebirth, Attitudes démarre un nouveau cycle, où sont enfm reunis le blanc et le noir, le baroque et le futurisme, la santé et la maladie, le sexe et l'impuissance, la singulière féminité de ce groupe au masculin pluriel. Chelsea n'a rien perdu de son épaisseur vocale, mais sa manière de ne pas swinguer emporte avec autant de grâce pondérée le tempo lourd d'une valse lente, quelques cybernétique lancinances sans pardon, ou des univers d'apparence moins attristée (parce que plus rythmée), auxquels ses textes confèrent gravité, sang, masochisme, chaise électrique, étouffement, oubli, et la mort, sereinement affrontée. L'horreur exorcisée, résoud dans le plaisir du néant qu'on peut toucher, toutes les névroses inavouées. Usher, aux piano et synthés, compose avec introspection, des idées, qui, au final, brillent enfin loin de tout intimisme. Musique déverrouillée, influences entièrement métabolisées, une reprise de Suicide (Ghost Rider) très personnalisée, au côté de morceaux entièrement neufs le tout prend pourtant valeur de compilation pour donner une image définitive. Attitudes est désormais le disque de référence de Norma Loy.

Catherine Chantoiseau



ATTITUDES

> review PREMONITION n°10 Spring 1992

Intègre comme aucun groupe ne l'a jamais été, Norma Loy, à défaut des concessions et du revirement annoncés, nous sert douze morceaux, plus disparates que ce à quoi nous étions habitués (Attitudes, Special love), mais, pour une majeure partie, purement dans la veine de leurs productions antérieures. Can't go back, Your cunt is a gun, Fast men, Psychic altercation.., autant de pièces maîtresses qui portent Chelsea, Usher et tous ceux qui les accompagnent, peut-être pas à la canonisation ou à la gloire, mais certainement dans le mausolée sombre et froid des groupes les plus incompris et les plus méprisés. Mais n'est-ce pas le propre du génie ?

C.Labussière


 

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